Témoignage

Louise est très expérimentée en 2L. Elle nous raconte comment elle a élevé son fils unique depuis sa naissance, à partir de sa pratique du Modèle-2L. Son fils a 28 ans maintenant, elle en est fière. Il est sorti d'une grande école.

Les 2L m’accompagnent depuis... très longtemps. Dès 1986 , à l’IAE d’Aix en Provence où les profs s'initiaient déjà au Modèle 2L avec Meyer Ifrah. Tout comme les profs, je ne fus alors initiée qu'à un seul niveau des 2L, le niveau relationnel, psychologique. J'entrepris ensuite de poursuivre ma formation avec Meyer en me formant de manière plus complète à deux autres niveaux de la Matrice-2L, ( les niveaux sociologique et éthique ).

J'ai toujours utilisé les 2L, depuis, dans ma pratique professionnelle en RH ou en psy, comme dans
mes relations ordinaires avec bonheur et efficacité.

Mais ce n’est pas de cela que je veux vous parler mais de mon expérience de mère utilisant le Modèle-2L.

Il se trouve que j’avais déjà une bonne pratique du niveau psychologique quand je suis devenue mère... Et tout naturellement ils m’ont aussi accompagnée au quotidien dans cette nouvelle fonction de maman.

J’avais beaucoup lu Dolto. Aldo Naouri était aussi ma référence. J’avais compris beaucoup de choses ; mais comprendre ne suffit pas, il faut acquérir des savoir-faire, des QUOI et des COMMENT faire.
Et c’est précisément en cela que les 2L ont été pour moi un outil précieux et quotidien, permettant de mieux comprendre les besoins de l’enfant et « comment » les satisfaire.

Quelques exemples, au fil du développement de mon garçon.
La psychologie dans le début de la vie, parle des besoins spécifiques de contact, de proximité, de sécurité.... C’est "le LIEN" des 2L qui a été le fil rouge pour moi : les processus "R" des 2L (contact physique, massages, portage, peau à peau, la sécurité, le rapport à la peur ... ce n’était pas encore à la mode !),

Très vite, dès la marche acquise, à 10 mois, j’ai vu les processus "T" des 2L pointer le bout de leur nez (besoin d’attirer l’attention, de la capter, besoin de jeu, de surprises, de rire avec nous ...) et là, pendant toute la période dite "T", qu’est-ce que les processus "T en croissance" m’ont aidée à ne pas faire (trop) de bêtises ! Donner de l’attention avant qu’il ne mette en route les bêtises pour l’obtenir, "stimuler" sans "pousser", donner du temps gratuit, avoir du plaisir à jouer ensemble, explorer, découvrir... Et je ne parle pas de l’apprentissage de la propreté ! Là, avec les Intervention 2L dites "Chronogènes", cet apprentissage s’est fait naturellement, rapidement, sans heurt, sans "pousser-traîner".

Dès cette période, pourtant encore très "LIEN", j’ai été attentive à poser des bases relationnelles "LOI" des 2L, celles qui permettent par exemple à une femme qui élève seule son enfant de mettre en œuvre la fonction "père" avec succès : lui apprendre à différer, à gérer la frustration ; poser des interdits tout en acceptant les "non" de ce jeune garçon, son rapport à la colère...

Un peu avant 3 ans, le stade "I" des 2L, le début de la socialisation, s’est très vite installé. Avec son lot de questions : "dis pourquoi, ? dis pourquoi ?" ... J’ai été alors très clairement reconnaissante aux 2L de tout ce qu’ils développent autour des besoins de repères et de cadres. En effet, non seulement les processus "I" sont ceux qui sont les moins bien perçus donc les moins bien développés dans les bouquins de référence pédagogique, mais c’était aussi la structure dans laquelle j’étais le moins confortable. J’étais très heureuse d’avoir un "mode d’emploi", et j’ai appliqué très conscien(cieuse)ment les clés de fonctionnement "en I croissance" : encourager l’expression de ses propres réponses avant de répondre moi-même, en les confirmant ou en les infirmant ou en les complétant. Résultat : mon fils n’hésitait pas à parler, à donner son avis avec confiance, à défendre ses idées sans crainte.

Plein d’autres expériences de vie passionnantes dans cette période où les 2L ont à la fois été un cadre de référence - c’était bien le moins qu’on pouvait en attendre à cette période - et un mode d’emploi : apprentissage de l’établissement et du respect des règles, première confrontation à la mort d’un proche, le rapport à la perte, à la peine, au deuil ...

Dès la fin de cette période, au passage du stade "I" vers le stade "V" des 2L, s’est posé la question du "contrat négocié" : poser les bases des règles de fonctionnement, les non-négociables et celles dont on peut discuter, celles qu’on définit ensemble... C’était passionnant de voir le sérieux - et presque la gravité - de ce petit enfant, considéré comme un partenaire à part entière, dans ces échanges.

Enfin, vint la période "V", avec les "C’est pas juste !", les "tu t’es trompée !"... Là, les processus "V en croissance" sont redoutablement efficaces : reconnaitre ses propres erreurs, s’en excuser si besoin... Prendre son avis en considération, reconnaitre sa cohérence. De ce fait, pour lui apprendre à exister en face des adultes. Ce petit d’homme a très vite appris qu’il était une personne dont la parole comptait. Émouvant, quand le "Sujet" advient.

Très vite d’ailleurs, il a intégré dans son fonctionnement naturel les attitudes que j'avais avec lui, et il m’a souvent scotchée en utilisant avec moi des processus "en croissance"* face à certains de mes comportements plutôt "en survie"*... qui avaient pour effet de stopper ces comportements chez moi. Intérieurement, j’en souriais, me disant que pas mal de grandes personnes que je formais à cela avait beaucoup de mal non seulement à les intégrer mais souvent à les percevoir et à les comprendre.

Tout cela a donné à ce petit mec déjà très naturellement observateur une acuité et une justesse dans la perception des autres, parfois presque gênante, et une capacité à s’ajuster aux autres : en CE1 il m’explique que sa maitresse cherche à obtenir de l’attention de ses élèves, décrivant très précisément les comportements "T2 en survie" qui le lui indiquent... et quelles relation "en croissance" il met en place de ce fait avec elle.

Après une adolescence sans problème - pas de crise d’ado ! - mon fils est devenu un homme que j’admire souvent pour ses qualités humaines. Il est devenu Ingénieur. Il trace sa route, et cela fait longtemps que je ne lui tiens plus la main. Je sais bien que sans les 2L ça n’aurait pas été pareil.

* "Survie" et "Croissance" sont une originalité du Modèle-2L, à la définition très précise. Surtout la notion de "Survie" qui évite un regard "négatif" ou pessimiste sur certains comportements humains dysfonctionnants. En 2L, les comportements "en survie" sont à "remercier", dans les deux sens de ce mot en français (Merci et Congédier).

Louise Berthollet

Psychothérapeute, docteur es lettres.

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